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Marguerite de Navarre (1547): Chanson Spirituelle No. 13
Je n’ay plus ny Père, ny Mère,Ny Seur, ny Frère,
Sinon Dieu seul auquel j’espère,
Qui sus le Ciel et Terre impère,
Là hault, là bas,
Tout par compas;
Compère, Compère,
Voicy vie prospère.
Je suis amoureux non en Ville,
Ny en Maison, ni en Chasteau;
Ce n’est de femme ny de fille,
Mais du seul Bon, puissant, et beau:
C’est mon Sauveur,
Qui est vainqueur
Du péché, mal, peine et douleur,
Et à ravy à soy mon coeur.
J’ay mis du tout en oubliance
Le monde, et parens, et amys;
Biens et honneurs en abondance,
Je les tiens pour mes ennemis;
Fy de tels biens
Dont les lyens
Par Jésuchrist sont mis à riens,
Afin que nous soyons de siens.
Je parle, je ris et je chante
Sans avoir nul soucy ny tourment;
Amys et ennemis je hante,
Trouvant partout contentement:
Car par la Foy
En tous je voy
Leur vie qui est, je le croy,
Tout en Tout, mon Dieu et mon Roy.
Or puis donc que Dieu est leur vie
Et que je le croy Tout en tous,
Il est mon Amy et m’amye,
Père, Mère, Frère et Espoux;
C’est mon espoir,
Mon sceur sçavoir,
Mon Estre, ma force, pouvoir,
Qui m’a sauvé par son vouloir.
Las, que fault il plus à mon âme
Qui est tirée en sy bon lieu,
Sinon se laisser en la flame
Brusler de ceste amour de Dieu?
Et en bruslant,
La consolant
D’amour, qui rend le coeur volant,
Et sans fin la bouche parlant.
Amys, contemplez quelle joye
J’ay, etant délivre de moy
Et remis en la seure voye,
Hors des ténèbres de la Loy.
Ce réconfort
Est sy très-fort,
Que rien plus ne désire, au fort,
Qu’estre uny à luy par ma Mort.
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